{"id":10218,"date":"2020-10-13T17:33:31","date_gmt":"2020-10-13T17:33:31","guid":{"rendered":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/?p=10218"},"modified":"2020-10-01T00:10:41","modified_gmt":"2020-10-01T00:10:41","slug":"rencontres-gracq-3","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/2020\/10\/13\/rencontres-gracq-3\/","title":{"rendered":"Rencontres Gracq"},"content":{"rendered":"<p>, en bord de, qui fournit le mod\u00e8le de Moriarm\u00e9 dans. <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.lescampette.org\/files\/2013\/06\/affiche-abeille-petite-723x1024.jpg\" alt=\"rencontres gracq\" align=\"left\"> 44R. H albert Permettez-moi de commencer cette br\u00e8ve intervention par une formule cl\u00e9 que lon trouve dans les \u00e9crits de Julien Gracq, mais qui \u00e9maillait aussi bien sa conversation : lexpression plus dune fois. Plus dune fois donc, jai rencontr\u00e9 Gracq et, plus dune fois, nous avons poursuivi nos \u00e9changes par lettre. La vie a voulu que je naisse \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Saint-FIorent-Le-Vieil, dans un petit village qui sappelle Botz-en-Mauges. Et cela amusait beaucoup Gracq que Botz se prononce Bo, car on peut y entendre une invitation au voyage du Beau. Il sinterrogeait sur lorigine de ce nom de lieu. L\u00e9tymologie en est contest\u00e9e. Tant\u00f4t, nous aimions \u00e0 penser que Botz venait de bosc, cest-\u00e0-dire lancienne for\u00eat ou lancien bois implant\u00e9 sur la bosse, tant\u00f4t nous penchions pour la th\u00e8se de bornus, puisque la premi\u00e8re mention bornus remonte au xi e si\u00e8cle et se rattacherait \u00e0 un nom propre germanique, peut-\u00eatre associ\u00e9 \u00e0 une source ou \u00e0 une divinit\u00e9 des eaux. Evidemment, cette divinit\u00e9 des eaux fascinait le romancier et po\u00e8te qu\u00e9tait Gracq. Nos balades nous menaient on sen doute le long de la Loire. C\u00e9tait dailleurs, la plupart du temps, des promenades assez silencieuses ou bien agr\u00e9ment\u00e9es de quelques br\u00e8ves remarques ornithologiques et botaniques. Et, franchement, je me suis toujours demand\u00e9 si Julien Gracq ne faisait pas semblant dignorer le nom de certains oiseaux et de certaines plantes pour le pur plaisir de nommer ou de renommer. Je me rappelle, la derni\u00e8re fois que je lai rencontr\u00e9 c\u00e9tait quelques mois avant sa disparition, il ma lanc\u00e9 : Et l\u00e0, monsieur Halbert, quel est cet oiseau qui chante? C\u00e9tait tout simplement, sur un toit de tuiles, un moineau domestique, autrement dit un petit moine : Passer domesticus. Et jentends encore Gracq r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 voix basse et avec ravissement : Passer domesticus. Il sint\u00e9ressait au moindre d\u00e9tail de la vie ; cest une chose qui ma beaucoup frapp\u00e9, notamment dans le domaine botanique. Et je me souviens quil avait \u00e9t\u00e9 heureux que je lui montre une Barbarea verna, cest-\u00e0-dire une barbar\u00e9e de printemps qui porte le nom vulgaire de lherbe de Saint-Julien. Il avait cueilli cette herbe de Saint-Julien et lavait mise avec pr\u00e9caution dans sa poche. Conceptual Art, conceptual-art-579, Cultura, les eaux \u00e9troites, Julien Gracq-Site de l\u00e9diteur Jos\u00e9 Corti consacr\u00e9 \u00e0 Julien Gracq notice biographique et bibliographie, Julien Gracq par lui-m\u00eame, extraits de ses oeuvres, t\u00e9moignages et textes d\u00e9crivains sur Julien Gracq, in\u00e9dits en ligne et entretiens : Pour un enfant venu de la campagne, c\u00e9tait la double peine : linternat venant sajouter au lyc\u00e9e. Et pire encore pour les \u00e9l\u00e8ves venus de l\u00e9tranger, les grandes vacances au lyc\u00e9e ajoutant la d\u00e9r\u00e9liction \u00e0 leur r\u00e9clusion. Faute de pouvoir citer in extenso les pages que Gracq y consacre au c\u0153ur de son livre p 149-150-151 de l\u00e9dition Corti qui sont \u00e0 relire en entier, on ne peut en donner ici quun extrait : Ordre, uniformit\u00e9, discipline, hi\u00e9rarchie restaient les ma\u00eetres-mots. C\u00e9tait une institution rude, aux angles vifs et coupants, o\u00f9 tout mouvement spontan\u00e9 avait chance d\u00eatre une meurtrissure, o\u00f9 presque toutes les situations \u00e9taient dinconfort, depuis le dortoir glac\u00e9 jusquau linge parcimonieux et au poisson ammoniacal, depuis la bise des corridors jusqu\u00e0 lhuile de foie de morue administr\u00e9e, il est vrai, seulement \u00e0 la demande des familles analogue par le supplice de son injection \u00e0 la purgation au souffre des petits for\u00e7ats scolaires de Nicholas Nickleby Tout est dit par Gracq quand il prend ainsi pour grand t\u00e9moins Charles Dickens. Oui, Dickens, pas moins, et ses enfants martyrs dun autre si\u00e8cle. Cette d\u00e9r\u00e9liction de linternat, on la retrouve chez Jules Laforgue, dans son St\u00e9phane Vassiliew qui en mourra. Mais Gracq en fait lui-m\u00eame doublement \u00e9cho dans Un beau t\u00e9n\u00e9breux : ce quil fait dire \u00e0 Christel, dont le c\u0153ur se serre \u00e0 sen ressouvenir, cest ce que lui-m\u00eame a v\u00e9cu au lyc\u00e9e de Nantes, avec pour seule et magique \u00e9claircie le lever de rideau, un dimanche \u00e0 Graslin et ce que Gr\u00e9gory nous dit dAllan, dans ce m\u00eame roman ce sabbat sous les toits du lyc\u00e9e, lui-m\u00eame la vu dans ce m\u00eame lyc\u00e9e un soir de chahut monstre. Pour Allan, cest bien la forme de sa vie qui se profile tout enti\u00e8re dans ces ann\u00e9es-lyc\u00e9e et de fa\u00e7on pr\u00e9monitoire, jusque, apr\u00e8s avoir br\u00fbl\u00e9 sa vie par les deux bouts, dans la mise en sc\u00e8ne spectaculaire de sa propre mort. Comme Vach\u00e9, Cravan, Rigaut figures pionni\u00e8res du Surr\u00e9alisme marqu\u00e9s, Gracq le souligne, dune esp\u00e8ce de signe sacramentel par leur suicide. <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/pedagogie84.pagesperso-orange.fr\/images\/velo-2010\/J-2-11-oiseaux.jpg\" alt=\"rencontres gracq\" align=\"center\"> Julien Gracq est originaire de lAnjou. Nantes nest que sa ville dadoption, celle de ses ann\u00e9es-lyc\u00e9e, vite devenue sa ville d\u00e9lection. En la reparcourant de bout en bout, l\u00e9crivain accompli quil est devenu, insiste sur ce caract\u00e8re non maternel, mais essentiellement nourricier de Nantes, ville de passage. Pour lui, celui de ladolescence \u00e0 la vie dhomme. Ce qui explique quil ait pu si ais\u00e9ment, lheure venue, la quitter. Comment d\u00e8s lors ne pas mettre en r\u00e9sonance, d\u00e8s son titre La forme dune ville avec le film dAgn\u00e8s Varda retra\u00e7ant les premiers pas du cin\u00e9aste Jacques Demy fortement d\u00e9termin\u00e9s par cet imaginaire dune ville portuaire, au titre tout aussi inspir\u00e9 Evocation dune vocation? Cette ville si peu habit\u00e9e par lui, mais jamais oubli\u00e9e, minutieusement revisit\u00e9e jusque dans ses plus r\u00e9centes m\u00e9tamorphoses pour le portrait-souvenir quil nous livre dans cet authentique mais original r\u00e9cit de formation, fut bien pour lui, le g\u00e9ographe devenu \u00e9crivain, plus que la simple forme dune ville, la forme m\u00eame, la forme anticip\u00e9e, de sa propre vie. Voyons donc, dans ce livre miroir, ce que Julien Gracq nous dit de Nantes et ce que Nantes, en retour, nous dit de lui. En d\u00e9cembre, Gracq ach\u00e8te \u00e0 la gare dAngers un exemplaire de d, quil lit dune traite, sur un banc, dans la rue. Il racontera dans Pr\u00e9f\u00e9rences Symbolique dErnst J\u00fcnger, 1959 quel bouleversement a \u00e9t\u00e9 pour lui la d\u00e9couverte de ce livre embl\u00e9matique. Les deux hommes se rencontreront \u00e0 Paris en 1952, et deviendront amis. J\u00fcnger \u00e9crira dans son journal quil consid\u00e8re Gracq comme \u00e9tant celui qui, apr\u00e8s la mort de son cher, \u00e9crit la meilleure prose fran\u00e7aise. La critique universitaire a par ailleurs relev\u00e9, entre les \u0153uvres du Fran\u00e7ais et celles de lAllemand, des similitudes stylistiques et th\u00e9matiques et pour lombre des Falaises s\u00e9tend au c\u0153ur de la fiction gracquienne, du Rivage des Syrtes au Balcon en for\u00eat, en passant par le roman inachev\u00e9 dont La Route constitue le vestige.  Hubert Haddad participera \u00e0 la journ\u00e9e litt\u00e9raire organis\u00e9e par lassociation Le Tourne page en partenariat avec la librairie lHorloge. Cette journ\u00e9e litt\u00e9raire aura pour th\u00e8me LAilleurs LAlt\u00e9rit\u00e9. D\u00e9butez et progressez aux \u00e9checs avec nos con\u00e7us par les grands-ma\u00eetres Anthony Wirig et Tigran Gharamian. Mar Garcia note que dans les textes autobiographiques de Gracq le recours au mod\u00e8le se limite aux passages consacr\u00e9s \u00e0 la p\u00e9riode de lenfance. Ceux o\u00f9 il est question de ladolescent de Nantes, du jeune homme \u00e0 lavenir incertain la g\u00e9ographie, la litt\u00e9rature, la guerre, donnent lieu \u00e0 l\u00e9mergence dun autre mod\u00e8le, le pastiche surr\u00e9aliste Dans ce village compact quest Paris, Gracq na rien c\u00e9d\u00e9 au milieu litt\u00e9raire, pas m\u00eame la fr\u00e9quentation raisonn\u00e9e d\u00e9crivains amis, Francis Ponge, Andr\u00e9 Pieyre de Mandiargues et surtout Andr\u00e9 Breton, lauteur quil cite le plus souvent : Mon amiti\u00e9 avec Andr\u00e9 Breton passait avant mes affinit\u00e9s avec le mouvement surr\u00e9aliste. Le surr\u00e9alisme na vraiment \u00e9t\u00e9 actif quune vingtaine dann\u00e9es, jusquen 1939. Ensuite, Breton est parti aux Etats-Unis ; \u00e0 son retour, apr\u00e8s la guerre, c\u00e9tait fini. En 1939-1940, la guerre le conduit en Moselle, dans les Flandres et en Hollande, alimentant son imagination en paysages quil recr\u00e9era en fiction. Emprisonn\u00e9 puis lib\u00e9r\u00e9, il enseigne \u00e0 Amiens, Angers, \u00e0 luniversit\u00e9 de Caen \u00e0 partir de 1941, et au lyc\u00e9e Claude-Bernard \u00e0 Paris \u00e0 partir de 1947 et jusqu\u00e0 sa retraite en 1970. Saint-Florent et les bords de la Loire <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/catalogue.drouot.com\/images\/perso\/full\/LOT\/1573\/92150\/838.jpg\" alt=\"rencontres gracq\" align=\"right\"> dans cette photographie recompos\u00e9e, je lavais fait appara\u00eetre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Borges, Perec et Breton.  Entretien avec Dominique Rabourdin, in Le Magazine litt\u00e9raire n o 465, juin 2007, p 32. Fruit du legs de l\u00e9crivain et g\u00e9ographe, la Maison Julien Gracq est \u00e0 la fois un lieu culturel ouvert au public et une r\u00e9sidence d\u00e9crivains, de chercheurs et dartistes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>rencontres gracq<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10218"}],"collection":[{"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10218"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10218\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10219,"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10218\/revisions\/10219"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10218"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/shop.orkide.in\/journal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}