, en bord de, qui fournit le modèle de Moriarmé dans.
44R. H albert Permettez-moi de commencer cette brève intervention par une formule clé que lon trouve dans les écrits de Julien Gracq, mais qui émaillait aussi bien sa conversation : lexpression plus dune fois. Plus dune fois donc, jai rencontré Gracq et, plus dune fois, nous avons poursuivi nos échanges par lettre. La vie a voulu que je naisse à quelques kilomètres de Saint-FIorent-Le-Vieil, dans un petit village qui sappelle Botz-en-Mauges. Et cela amusait beaucoup Gracq que Botz se prononce Bo, car on peut y entendre une invitation au voyage du Beau. Il sinterrogeait sur lorigine de ce nom de lieu. Létymologie en est contestée. Tantôt, nous aimions à penser que Botz venait de bosc, cest-à-dire lancienne forêt ou lancien bois implanté sur la bosse, tantôt nous penchions pour la thèse de bornus, puisque la première mention bornus remonte au xi e siècle et se rattacherait à un nom propre germanique, peut-être associé à une source ou à une divinité des eaux. Evidemment, cette divinité des eaux fascinait le romancier et poète quétait Gracq. Nos balades nous menaient on sen doute le long de la Loire. Cétait dailleurs, la plupart du temps, des promenades assez silencieuses ou bien agrémentées de quelques brèves remarques ornithologiques et botaniques. Et, franchement, je me suis toujours demandé si Julien Gracq ne faisait pas semblant dignorer le nom de certains oiseaux et de certaines plantes pour le pur plaisir de nommer ou de renommer. Je me rappelle, la dernière fois que je lai rencontré cétait quelques mois avant sa disparition, il ma lancé : Et là, monsieur Halbert, quel est cet oiseau qui chante? Cétait tout simplement, sur un toit de tuiles, un moineau domestique, autrement dit un petit moine : Passer domesticus. Et jentends encore Gracq répéter à voix basse et avec ravissement : Passer domesticus. Il sintéressait au moindre détail de la vie ; cest une chose qui ma beaucoup frappé, notamment dans le domaine botanique. Et je me souviens quil avait été heureux que je lui montre une Barbarea verna, cest-à-dire une barbarée de printemps qui porte le nom vulgaire de lherbe de Saint-Julien. Il avait cueilli cette herbe de Saint-Julien et lavait mise avec précaution dans sa poche. Conceptual Art, conceptual-art-579, Cultura, les eaux étroites, Julien Gracq-Site de léditeur José Corti consacré à Julien Gracq notice biographique et bibliographie, Julien Gracq par lui-même, extraits de ses oeuvres, témoignages et textes décrivains sur Julien Gracq, inédits en ligne et entretiens : Pour un enfant venu de la campagne, cétait la double peine : linternat venant sajouter au lycée. Et pire encore pour les élèves venus de létranger, les grandes vacances au lycée ajoutant la déréliction à leur réclusion. Faute de pouvoir citer in extenso les pages que Gracq y consacre au cœur de son livre p 149-150-151 de lédition Corti qui sont à relire en entier, on ne peut en donner ici quun extrait : Ordre, uniformité, discipline, hiérarchie restaient les maîtres-mots. Cétait une institution rude, aux angles vifs et coupants, où tout mouvement spontané avait chance dêtre une meurtrissure, où presque toutes les situations étaient dinconfort, depuis le dortoir glacé jusquau linge parcimonieux et au poisson ammoniacal, depuis la bise des corridors jusquà lhuile de foie de morue administrée, il est vrai, seulement à la demande des familles analogue par le supplice de son injection à la purgation au souffre des petits forçats scolaires de Nicholas Nickleby Tout est dit par Gracq quand il prend ainsi pour grand témoins Charles Dickens. Oui, Dickens, pas moins, et ses enfants martyrs dun autre siècle. Cette déréliction de linternat, on la retrouve chez Jules Laforgue, dans son Stéphane Vassiliew qui en mourra. Mais Gracq en fait lui-même doublement écho dans Un beau ténébreux : ce quil fait dire à Christel, dont le cœur se serre à sen ressouvenir, cest ce que lui-même a vécu au lycée de Nantes, avec pour seule et magique éclaircie le lever de rideau, un dimanche à Graslin et ce que Grégory nous dit dAllan, dans ce même roman ce sabbat sous les toits du lycée, lui-même la vu dans ce même lycée un soir de chahut monstre. Pour Allan, cest bien la forme de sa vie qui se profile tout entière dans ces années-lycée et de façon prémonitoire, jusque, après avoir brûlé sa vie par les deux bouts, dans la mise en scène spectaculaire de sa propre mort. Comme Vaché, Cravan, Rigaut figures pionnières du Surréalisme marqués, Gracq le souligne, dune espèce de signe sacramentel par leur suicide.
Julien Gracq est originaire de lAnjou. Nantes nest que sa ville dadoption, celle de ses années-lycée, vite devenue sa ville délection. En la reparcourant de bout en bout, lécrivain accompli quil est devenu, insiste sur ce caractère non maternel, mais essentiellement nourricier de Nantes, ville de passage. Pour lui, celui de ladolescence à la vie dhomme. Ce qui explique quil ait pu si aisément, lheure venue, la quitter. Comment dès lors ne pas mettre en résonance, dès son titre La forme dune ville avec le film dAgnès Varda retraçant les premiers pas du cinéaste Jacques Demy fortement déterminés par cet imaginaire dune ville portuaire, au titre tout aussi inspiré Evocation dune vocation? Cette ville si peu habitée par lui, mais jamais oubliée, minutieusement revisitée jusque dans ses plus récentes métamorphoses pour le portrait-souvenir quil nous livre dans cet authentique mais original récit de formation, fut bien pour lui, le géographe devenu écrivain, plus que la simple forme dune ville, la forme même, la forme anticipée, de sa propre vie. Voyons donc, dans ce livre miroir, ce que Julien Gracq nous dit de Nantes et ce que Nantes, en retour, nous dit de lui. En décembre, Gracq achète à la gare dAngers un exemplaire de d, quil lit dune traite, sur un banc, dans la rue. Il racontera dans Préférences Symbolique dErnst Jünger, 1959 quel bouleversement a été pour lui la découverte de ce livre emblématique. Les deux hommes se rencontreront à Paris en 1952, et deviendront amis. Jünger écrira dans son journal quil considère Gracq comme étant celui qui, après la mort de son cher, écrit la meilleure prose française. La critique universitaire a par ailleurs relevé, entre les œuvres du Français et celles de lAllemand, des similitudes stylistiques et thématiques et pour lombre des Falaises sétend au cœur de la fiction gracquienne, du Rivage des Syrtes au Balcon en forêt, en passant par le roman inachevé dont La Route constitue le vestige. Hubert Haddad participera à la journée littéraire organisée par lassociation Le Tourne page en partenariat avec la librairie lHorloge. Cette journée littéraire aura pour thème LAilleurs LAltérité. Débutez et progressez aux échecs avec nos conçus par les grands-maîtres Anthony Wirig et Tigran Gharamian. Mar Garcia note que dans les textes autobiographiques de Gracq le recours au modèle se limite aux passages consacrés à la période de lenfance. Ceux où il est question de ladolescent de Nantes, du jeune homme à lavenir incertain la géographie, la littérature, la guerre, donnent lieu à lémergence dun autre modèle, le pastiche surréaliste Dans ce village compact quest Paris, Gracq na rien cédé au milieu littéraire, pas même la fréquentation raisonnée décrivains amis, Francis Ponge, André Pieyre de Mandiargues et surtout André Breton, lauteur quil cite le plus souvent : Mon amitié avec André Breton passait avant mes affinités avec le mouvement surréaliste. Le surréalisme na vraiment été actif quune vingtaine dannées, jusquen 1939. Ensuite, Breton est parti aux Etats-Unis ; à son retour, après la guerre, cétait fini. En 1939-1940, la guerre le conduit en Moselle, dans les Flandres et en Hollande, alimentant son imagination en paysages quil recréera en fiction. Emprisonné puis libéré, il enseigne à Amiens, Angers, à luniversité de Caen à partir de 1941, et au lycée Claude-Bernard à Paris à partir de 1947 et jusquà sa retraite en 1970. Saint-Florent et les bords de la Loire
dans cette photographie recomposée, je lavais fait apparaître à côté de Borges, Perec et Breton. Entretien avec Dominique Rabourdin, in Le Magazine littéraire n o 465, juin 2007, p 32. Fruit du legs de lécrivain et géographe, la Maison Julien Gracq est à la fois un lieu culturel ouvert au public et une résidence décrivains, de chercheurs et dartistes.